Interview Bruno GONZALVEZ : Les éditions de l’Alambic « Distillateur de savoir »

Pour cette nouvelle interview, l’équipe du Veilleur a choisi Bruno, éditeur de livres au format numérique et disponible aussi en librairie.

Bruno GONZALVEZ est le créateur des éditions de l’Alambic « Distillateur de savoir » qui a une particularité, puisque le positionnement de cet éditeur est à mi-chemin entre l’édition classique et Internet. Pour mieux comprendre et découvrir cette personne, nous vous présentons l’interview réalisée.

 

Olivier ODORIZZI : Bonjour Bruno pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs de Veilleur Stratégique ?

Bruno GONZALVEZ : Bonjour Olivier. L’exercice n’est pas facile, car je n’ai pas vraiment l’habitude de parler de moi. Mais je vais tâcher de faire de mon mieux, tout en restant dans un registre un peu léger (si tu le permets), histoire de ne pas faire trop pompeux ni trop égocentrique.
Ainsi, véritable dinosaure du Web, je me promène sur la toile depuis 1994 (j’ai connu les débuts de Compuserve et les modems à 9600 bauds) et je travaille AVEC Internet depuis 1996 (développement, communication, marketing…). Oui, je dis « avec » car je reste toujours persuadé, 15 ans plus tard, qu’Internet ne peut être qu’un outil, et pas une fin en soi. Certes c’est un moyen de découvrir de nouveaux horizons personnels et professionnels, mais ça ne le dispense pas de se plier aux mêmes contraintes ou aux mêmes logiques que les environnements plus traditionnels. Ainsi, à titre personnel, il me semble évident de ne pas agir autrement que je ne le ferais dans la vie réelle (politesse, réserve, discrétion, prudence, etc.). Et du point de vue professionnel, le fait de travailler en ligne ne change en rien les obligations légales, comptables ou tout simplement de bon sens qui prévalent dès qu’on souhaite gagner sa vie honnêtement.
Sinon, que dire de plus ? Ah oui, durant tout ce temps, j’ai eu l’occasion de voir passer pas mal de trucs et de bidules (qu’on ré-invente tous les 5 ou 6 ans), de bonnes idées (rares !) et de drôles d’oiseaux (beaucoup moins rares !), j’ai connu personnellement de véritables pionniers du réseau, dont certains sont aujourd’hui des légendes… et d’autres ont été complètement oubliés ; mais tous ont contribué à faire du Net ce qu’il est aujourd’hui. En bien ou en mal, d’ailleurs…

 

Qu’est-ce qui vous a emmené à devenir Éditeur de livres ?

C’est une histoire encore plus vieille que le Web pour moi, c’est dire. J’ai toujours été passionné par les bouquins. À six ans, j’avais déjà lu une bonne partie de l’oeuvre de Jules Verne, et j’ai écrit ma première histoire à 8 ans (je m’en souviens encore 😉 ). Plus tard, j’ai alterné des études scientifiques, et ensuite juridiques, avec une deuxième vie beaucoup plus confidentielle où je me transformais, non pas en super-héros ou en monstre pustuleux, mais juste en auteur de nouvelles, dont certaines ont été publiées ici ou là. Cependant, la vie étant ce qu’elle est, j’ai bien été obligé de trouver de quoi remplir mon réfrigérateur à défaut des rayons des libraires, et j’ai donc plus ou moins laissé cette partie de ma vie de côté pour travailler. J’ai donc commencé ma vie active au sein d’un cabinet d’informatique industrielle qui concevait des outils de supervision sur mesure à l’attention de gros groupes pétrochimiques notamment.
Mais, chassez le naturel et il revient avec un stylo : quelles que soient mes activités professionnelles depuis le début (salarié ou indépendant) je n’ai jamais pu les accomplir sans y inclure une grosse part de production éditoriale, en créant même parfois le besoin auprès de mes donneurs d’ordres (patrons ou clients) pour qu’ils finissent par considérer que des traces écrites étaient indispensables. Tous les prétextes étaient bons pour rédiger : articles, communiqués de presse, manuels d’utilisation, rapports… Alors bon, ça manquait un peu de glamour, c’est vrai mais ça m’a permis de travailler mon relatif « talent » de manière presque automatique, encore et encore (ce que je fais toujours, d’ailleurs). Et pour le côté un peu plus ludique des mots, je compensais avec une boulimie de lecture qui ne m’avait jamais lâchée, elle.
En 2002, après avoir travaillé pour un grand groupe de presse international, j’ai voulu sauter le pas et produire mon propre magazine littéraire (sur les littératures de l’imaginaire). Le projet était bien avancé et j’avais un bon partenariat avec l’une des filiales de Vivendi. Hélàs, leur big boss de l’époque (bien connu mais dont je tairai l’identité, vous n’aurez qu’à chercher un peu… 😉 ) fut obligé de démissionner suite à des manoeuvres financières quelque peu obscures. Conséquence directe, la société s’est littéralement repliée sur elle-même et a coupé tous les partenariats en cours. J’ai fait partie de la purge… avant même que le projet n’ait pu voir officiellement le jour. Retour à la case départ, je suis reparti à la chasse aux clients dans le cadre d’une nouvelle activité d’indépendant en communication marketing.
Et puis, une fois encore, l’occasion a fait le larron. Quelques rencontres avec les bonnes personnes, une idée un peu nouvelle basée sur quelques principes fondamentaux majoritairement oubliés, et me voila enfin éditeur pour de vrai, avec des auteurs que je sélectionne un peu trop méthodiquement aux yeux de certains, et un catalogue qui ne grossit pas assez vite à mon goût. Mais j’ai au moins la satisfaction de ne publier que des ouvrages de qualité pour un public toujours plus nombreux et fidèle qui apprécie notre politique éditoriale.

 

Le métier de l’édition semble vaste, cependant vous semblez avoir choisi un domaine précis qui semble être le domaine des nouvelles technologies et plus précisément l’Internet pour les livres vendus, pouvez-vous nous en dire davantage à ce sujet ?

En fait, ce positionnement n’est pas tout à fait exact, mais je comprends que les premiers titres publiés puissent donner ce sentiment. Certes, les Éditions de l’Alambic se sont pour l’instant distinguées par la sortie de livres traitant du marketing en ligne et du e-business, mais d’autres titres ont également vu le jour sur des thématiques qui dépassent largement le simple cadre d’Internet (création d’entreprise, stratégie de contenu…). Pour reprendre une classification standardisée des ouvrages, l’Alambic se situe davantage dans le domaine du livre pratique à vocation professionnelle. Et les titres à venir confirment cette orientation beaucoup plus générale.

 

Quels sont les prochains livres prévus par les éditions l’Alambic ?

Justement, c’est tout chaud, un nouveau livre passionnant va être mis en vente dans les prochains jours. Son titre : « La stratégie de l’illusionniste ». Son thème : l’art de manipuler les consciences pour mieux convaincre. Son auteur : un magicien mentaliste bien connu qui a pris le parti de décrypter un certain nombre de techniques de persuasion dont se servent les illusionnistes, pour les transposer ensuite dans le domaine des activités professionnelles notamment. Moi, si j’étais vous, je me précipiterai pour acheter ce livre sans attendre, parce que je suis persuadé que ça va faire un tabac. D’ailleurs, j’ai déjà quelques pré-commandes de gens qui trépignent d’impatience à l’idée de lire ce qui va certainement devenir une nouvelle référence.
Sinon, à venir : un livre sur les mots qui font vendre, la fraude sur Internet, et d’autres projets du même genre sur lesquels je préfère ménager encore un peu le suspense.

 

Comment est-il possible de proposer un livre aux éditions de l’Alambic pour ceux qui souhaiteraient être édités par votre entreprise ?

C’est simple. Il suffit d’avoir quelque chose d’intéressant à raconter, et surtout de le faire en adoptant un point de vue original. Un énième livre sur le référencement, la publicité Google ou encore la création de site web, ça ne nous intéresse pas. Il faut que chaque livre ait un véritable intérêt en lui-même, et qu’il soit suffisamment pertinent pour qu’on puisse se dire : « Ok, il existe peut-être déjà des livres sur le sujet, mais il manquait vraiment celui-là. »
Bon, c’est un peu une quête utopique mais ça conditionne énormément la première impression qu’on va avoir sur le livre. Après, il faut quand même savoir qu’écrire un livre ne se fait pas tout seul. Sur la centaine d’auteurs pressentis au démarrage de l’entreprise, et qui avaient manifesté un intérêt certain pour l’écriture d’un livre, seuls 7 ou 8 sont pour l’instant allés au bout de leur projet. Tous les autres ont réalisé qu’ils ne pourraient pas y consacrer le temps, l’énergie et la motivation nécessaire. C’est dommage car pas mal de projets me tenaient particulièrement à coeur, mais c’est ainsi. D’ailleurs, le plus frustrant, c’est de devoir refuser un manuscrit dans lequel l’auteur a mis tout ce qu’il avait, mais qui nécessite d’être retravaillé, voire réorienté, pour être publié. Cependant, la vision que j’ai du catalogue et de la ligne éditoriale de l’Alambic est à ce prix. À noter que, parfois, nous sollicitons nous-même des auteurs à qui nous proposons d’écrire sur un sujet donné, en fonction de leur champ de compétences.

 

Quel a été votre plus grand succès dans votre travail ?

Chaque sortie de livre est un succès, car c’est toujours un formidable challenge de publier ainsi des ouvrages qu’on espère de qualité, dans un contexte qui n’est pas forcément favorable à l’édition au sens large. En fait, mon plus grand succès, c’est de voir les Éditions de l’Alambic s’installer lentement mais sûrement dans le paysage éditorial francophone. Certes, on est encore tout petits et on n’a pas la force de frappe des gros groupes bien implantés auprès des libraires notamment, mais on commence quand même à être reconnus ici ou là, et j’ai récemment reçu les félicitations personnelles du Directeur des Éditions Eyrolles, lequel a sincèrement apprécié le travail que nous faisions, au point de me proposer un partenariat autour d’un sujet encore relativement peu exploré mais qui pourrait bien devenir une tendance forte dans les mois à venir.
Mais chut ! je n’en dirai pas plus pour l’instant… 😉

 

Olivier ODORIZZI : Merci Bruno d’avoir répondu aux différentes questions de l’interview.
Bruno GONZALVEZ : C’est moi qui vous remercie.

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